Laurence Chouzenoux
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Laurence Chouzenoux

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C’est au détour de la tranquille rue de Corrèze, ou plus exactement au 2, rue Saint-Libéral, que nous avons rendez-vous, aujourd’hui, avec Laurence Chouzenoux. Son atelier, où elle peint et expose ses toiles, est véritablement attenant à la chapelle gothique Saint-Libéral du XVème, devenue, par acquisition de la ville de Brive-la-Gaillarde, un lieu accueillant désormais des expositions et des animations culturelles. C’est dire que les lieux où Laurence crée demeurent sacrés et riches en histoire: un des murs de l’atelier en est même commun ! D’ailleurs, on peut deviner, au fond de l’atelier, une ancienne entrée de la Chapelle maintenant condamnée. 

L’artiste peintre a élu domicile, ici, dans ce qui était autrefois un petit entrepôt, en 2016 pour être tout à fait précis. Le terme  « domicile » peut paraître excessif mais, pour dire vrai, ce qui était prévu au début comme un espace dédié à l’exposition des oeuvres est rapidement devenu un cadre idéal pour le travail et la création. 

 « Cet endroit, nous dit-elle, est parfait pour mon travail. C’est d’une certaine manière, ma maison, un cocon. En semaine, je ne suis guère ennuyé par les passants. Le samedi, en revanche, l’atelier devient plutôt un lieu d’exposition. Ce qui est normal vu l’affluence »

En effet, hormis les toiles et le matériel présents sur place, on peut remarquer un aménagement certain d’objets choisis afin de créer une atmosphère singulière et propre à l’histoire de l’artiste. On remarquera, ici ou là, des tasses, des cerfs, un cheval blanc ou, bien encore, d’anciens flacons de parfum, vides depuis longtemps. Pourtant, et paradoxalement, ces mêmes flacons dégagent un parfum unique et enivrant puisqu’ils ouvrent sur un passé riche en émotions et en histoires. 

 «Ces objets, ajoute-t-elle, ne restent pas, ici, pour la décoration: ils me correspondent et m’inspirent de manière authentique. »

Née à Brive, Laurence possède un parcours unique puisque, à 17 ans, elle décide de partir s’installer à Sitges, près de Barcelone. C’est, en effet, dans ce haut-lieu touristique catalan, où elle avait l’habitude de passer ses vacances en famille, que Laurence se fait remarquer par une agence pour être mannequin professionnelle. De là, une vie intense, riche en aventures et en voyages, va se réaliser. Elle aura son pied-à-terre en Catalogne, puis à Paris, mais reviendra logiquement en Espagne durant une grande partie de sa vie.

 « J’en avais un peu marre de Paris, même si mon activité me faisait beaucoup voyager. J’avais toujours gardé des contacts avec Barcelone. J’adore l’Espagne, la gentillesse des gens, la simplicité et le cadre de vie. Il existe là-bas une authentique douceur de vivre ! »

Le premier vrai déclic, par rapport à sa future passion, nous confie-t-elle, se réalisa à Paris. La révélation, pour ainsi dire, s’est produite en accompagnant une amie peintre à l’école nationale des Beaux-Arts dans les quartiers de Saint-Germain-des-Près. 

« Cela a été un coup de foudre de voir les artistes en train de travailler, nous précise-t-elle, dans ces différentes salles, toutes magiques et chargées d’histoires des plus grands artistes de notre temps. » 

Laurence se souvient même de l’odeur de la térébenthine. 

Toutefois, à 21 ans, l’artiste en devenir ne se sentait pas encore prête à faire le saut car, même si elle dessinait et peignait de temps en temps, le moment n’était pas venu et son travail lui demandait beaucoup. Elle prit néanmoins des cours de peinture au Louvre dans un cadre idyllique donnant vue sur les tuileries. Elle se mit à peindre également plus souvent des portraits d’enfant au regard noir où se mélangent, nous dit-elle, pureté et naïveté. De retour à Barcelone, elle prit également des cours de peinture. Puis, au moment où il fut temps de quitter son activité de mannequinat, Laurence tint une boutique d’antiquité dans laquelle elle put également exposer et vendre ses toiles. Toutefois, l’histoire suit un autre rebondissement. Car, c’est à l’occasion de la demande d’un ami qu’un autre déclic s’opéra. Celui-ci lui demanda de peindre son jeune garçon à partir d’une photo et, sans savoir pourquoi, ce garçon se transforma en fille. Des couleurs et des teintes se sont naturellement imposées: du gris, du bleu, du rose pastel passé ou, bien encore, du noir. Ce personnage s’est imposé de façon répétée et, pourtant, il n’était jamais le même. 

« Les personnages, déclare-t-elle, ne sont jamais les mêmes: ils ont des prénoms ou des titres différents. Au fur et à mesure, je me suis attachée à elle. Et, même si elle revenait, elle me faisait du bien ! »

Ces jeunes filles représentées renvoient également à une époque précise, celle des années 20 où l’artiste avoue une préférence notamment pour l’expression d’une certaine joie de vivre mais aussi pour ses figures féminines telles Colette ou Coco Chanel. Toutefois, même si l’on peut parler de nostalgie, elle n’est jamais, selon l’artiste, empreinte de tristesse ou de passéisme. Non. Tout au contraire. C’est un lien quasi-mystique avec l’enfance et du monde qui lui est propre. C’est comme sentir une odeur qui nous replongerait dans un univers poétique et joyeux jadis éprouvé. Un vieux parfum passé d’un grenier où l’on retrouverait, par exemple, un de ses vieux jouets ou une de ses vieilles poupées.

Pour ce qui est de la matière même, la peintre utilise principalement de l’huile qu’elle pose sur du lin ou, de temps en temps, sur des cartes anciennes. Les tableaux se présentent pratiquement tous dans un écrin choisi. L’ encadrement, quant à lui, fait réellement corps avec la toile: il est soit fabriqué dans les meilleures matières par son père ébéniste ou, autrement, chiné et retravaillé pour l’occasion. Il arrive même qu’un vieux cadre donne, d’une certaine manière, naissance à une toile ! 

 Le cadre et la toile. C’est un tout indissociable

En tous les cas, Sortie à Brive vous recommande chaudement d’aller jeter un coup d’oeil près de la Chapelle-Saint-Libéral, et, bien sûr, du côté de l’atelier de Laurence. On méditera, enfin, cette citation, à notre avis, appropriée, ici, de l’écrivaine K. Le Guin : « The creative adult is the child who has survived. »

« un adulte créatif est un enfant qui a survécu »

Laurent Nicolas

Laurent Nicolas

Rédacteur