Cédric Laroche

Cédric Laroche

Sortie à Brive a le plaisir de faire la rencontre aujourd’hui de Cédric Laroche, acteur important à Brive en matière de Théâtre depuis plus de 20 ans. Le parcours de ce comédien commence tout d’abord au conservatoire de théâtre de Paris dans lequel il suit une solide formation de 3 ans. Toutefois, il tient à nous rappeler que le véritable point de départ, le moment clé dans sa vie d’artiste, a réellement commencé alors qu’il était sur un tournage dans le Périgord. C’est, en effet, à partir de la rencontre avec François Charet, acteur et directeur d’acteurs, que s’est amorcé une sorte de transmission, un passage de flambeau. Bref, une sorte de filiation. De là, tout s’enchaîne rapidement. En 2001, à l’âge de 21 ans, il décide de créer une compagnie de théâtre appelée Le Théâtre du Paradoxe. Ce projet artistique lui ouvre naturellement un espace plus propice à l’écriture et à la mise en scène. Sa première pièce, Processus, fut d’emblée un véritable succès à Brive mais également sur toute la scène nationale : la pièce sera jouée plus d’une centaine de fois et même achetée par d’autres compagnies de théâtre à travers toute la France.

Le succès, cependant, n’était pas évident car le sujet était plus que délicat. La pièce, en l’espèce, se voulait dérangeante puisqu’elle témoignait d’une réelle volonté à remettre en question nos idées reçues. Pour rentrer dans le vif du sujet, les spectateurs assistaient à la défense de Goering dans le cadre du procès de Nuremberg. L’idée n’était pas tant évidemment de défendre l’ancien ministre de Hitler que de s’interroger sur notre vision occidentale par trop simpliste et manichéenne. Comment les alliés peuvent-ils prétendre incarner l’axe du bien tout en organisant des tueries de masse comme cela s’est produit, par exemple, avec Nagazaki ou Hiroshima ? La fonction de l’artiste, tient à nous préciser Cédric Laroche, c’est bien sûr de nous divertir mais également, et idéalement, de nous déranger et de nous questionner. Le théâtre, en ce sens, possède consubstantiellement un rôle politique qui participe indéniablement à la vie démocratique, au débat d’idées fait de crises et de conflits.  Et, en ce sens, c’est la raison pour laquelle Cédric Laroche a toujours souhaité que le théâtre s’invite en quelque sorte chez les citoyens et notamment chez les plus jeunes.

« La télévision s’invite bien chez les gens : doit-on attendre que les gens viennent au théâtre ? Non. C’est à nous, au théâtre, de venir également vers eux ! D’ailleurs, si bon nombre de passionnés de théâtre sont en grande majorité des ex-soixante-huitard : ce n’est guère un hasard ! C’est que durant leur jeunesse, il y a eu une réelle volonté politique de les sensibiliser à cet art comme en a témoigné le T.N.P. par exemple.»

Fort de ce premier succès, Cédric Laroche a pu mettre en place un certain nombre d’ateliers et de cours aussi bien pour les jeunes (écoles, Mecs) que pour les adultes (associations, IFSI, structures institutionnelles). C’est très important de sensibiliser les jeunes citoyens au théâtre car, outre le fait que cela leur ouvre d’autres horizons, cela leur permet aussi de structurer leur expression. De plus, et comme d’autres l’ont très bien théorisé, ce mode d’expression permet de sublimer ou de purger nos pulsions et nos penchants les plus sombres. « Ce qui est étonnant avec le théâtre, remarque Cédric Laroche, c’est de voir les réactions stupéfaites de certaines personnes, que l’on pourrait qualifier de néophytes : elles me racontent souvent avoir été déstabilisées voire choquées ! Et, à vrai dire, le théâtre ne connaît pas la censure. On peut tout faire au théâtre. C’est un espace de liberté totale à la fois pour l’écriture, la mise en scène ou le jeu proprement dit. Je tiens à rappeler qu’il n’existe pas d’équivalent de C.S.A. pour le théâtre ! Personne ne sort indemne d’une bonne pièce de théâtre.»

Quand au processus créatif, proprement dit, Cédric Laroche nous explique qu’il n’y a pas vraiment de recettes ni de rituels. Il y a toujours une idée au départ qui surgit mais elle ne débouche pas de suite à la phase d’écriture car, entre ces deux moments, il s’insère une  période importante de maturation quasi inconsciente. En tous les cas, une pièce n’est jamais définitivement écrite car elle doit se vérifier avec l’acteur. L’ acteur fait office d’une authentique force de proposition. Concernant Bunker Café, par exemple, le texte a évolué jusqu’à la dernière représentation.

D’un autre point de vue, Cédric Laroche tient à souligner que ses deux sources d’inspiration sont principalement les bars et les voyages. Les bars, selon lui, incarnent parfaitement la rencontre de toutes les couches de la société, socialement et culturellement. Souvent on entend des intellectuels, ou des élites, dénigrer le café du commerce comme un lieu de perdition où se concentreraient des préjugés voire carrément de la haine. L’ auteur s’inscrit en faux contre un pareil jugement.

« J’ai souvent entendus des pépites dans les cafés, précise-t-il. Ce qui est fascinant c’est ce ballet des corps et ce qu’ils racontent. Le corps peut nous trahir mais il ne triche jamais ! Et, faut-il le rappeler, le corps est primordial au théâtre. Certains de mes pairs privilégient le texte. Pour moi, c’est notre partie animale qui prime. C’est ce que l’on voit en premier chez un acteur. D’ailleurs, paradoxalement, en tant qu’auteur, j’affirmerais volontiers, et paradoxalement, que c’est bien le langage non-verbal qui paraît le plus déterminant et le plus puissant ! »

A ce sujet, Cedric Laroche nous apprend qu’il a suivi avec grand bonheur les cours du mime Marcel Marceau à Paris et qu’il reste un grand fan des acteurs davantage versés dans la pantomime comme James Thierriée, par exemple. Cédric Laroche assure également l’activité de professeur et d’administrateur du théâtre de la Grange à Brive depuis 2005. Jusqu’à ce jour, Il a écrit 6 pièces et mis en scène une douzaine.

Sortie à Brive tient à remercier chaleureusement Cédric Laroche pour cet entretien et n’hésitera pas à vous informer de son actualité artistique sur Brive.

Laurent Nicolas

Laurent Nicolas

Rédacteur